La question des devoirs à la maison

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La question des devoirs à la maison

Message par Carole le Dim 29 Oct 2006 - 9:09

Le travail à la maison constitue une ligne de fracture entre les partisans des pédagogies constructivistes et ceux des pédagogies traditionnelles.



Dans une pratique traditionnelle, il est normal et même recommandé de donner des devoirs aux élèves, si possible en quantité. Ces devoirs portent sur des exercices de français ou de mathématiques qui prolongent ce qui a été vu dans la journée de classe. Les élèves des maîtres sérieux ont un “Cahier de Devoirs” bien tenu, dans lesquels ils indiquent la date et les références des exercices avant de les faire. Le lendemain, le maître corrige ces devoirs au tableau et sur les cahiers. Les élèves prennent la correction.



Pour les méthodes dites “nouvelles”, les devoirs à la maison sont à bannir. Tout se fait en classe sous la conduite de l’enseignant. D’autant que ces méthodes étant contestables, il ne faut pas que les parents s’en mêlent. Il n’est qu’à voir avec quelle hargne certains enseignants interdisent toute façon d’apprendre la lecture en dehors de la méthode à départ global qu’ils utilisent en classe, avec les loupés que l’on sait.

Que disent les textes ?



L'arrêté du 23 novembre 1956 aménage les horaires des écoles primaires et inscrit les devoirs pendant le temps scolaire. En application de cet arrêté, la circulaire du 23 novembre 1956 supprime sans équivoque les devoirs à la maison, retenant des arguments d'efficacité et de santé : « Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu'apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l'équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait hors de la clas­se, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne pré­sente qu'un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit, soit obliga­toire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l'enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application stricte. Libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisé­ment le temps nécessaire à l'étude des leçons. »



Mais cette circulaire n'a pas été appliquée. Plusieurs textes (en 1962, 1964, 1971, 1986, 1990) sont venus rappeler l’interdiction. La circulaire du 17 décembre 1964 ajoute même une précision et porte l'interdiction aux « écrits à exécuter hors de la classe », puisque certains enseignants interprètent les textes en déclarant ne pas donner des devoirs mais des exer­cices écrits.



Les études dirigées sont installées par la circulaire du 6 sep­tembre 1994 pendant le temps scolaire, pour apporter une aide personnalisée et méthodologique à chaque élève afin « de prévenir les risques d'échec et de réduire les difficultés prove­nant des inégalités des situations familiales ». L'interdiction des devoirs à la maison demeure : « Dans ces conditions, les élèves n'ont pas de devoirs écrits en dehors du temps scolai­re. A la sortie de l'école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre ».



L'arrêté du 25 janvier 2002 promulgue les horaires et les nouveaux programmes. Les études dirigées n'apparaissent plus dans un horaire spécifique. Elles ne disparaissent pas pour autant, mais le choix de leur introduction est laissé aux maîtres « en fonction des besoins particuliers d'une classe tout au long de l'année ou pendant une période déterminée ».



Aujourd'hui, les devoirs à la maison restent interdits ; le travail oral et les leçons sont autorisés. Il est à noter qu'aucun texte ne demande aux enseignants de prescrire un travail aux élèves après la journée de classe. geek

Que faut-il faire ?



Les devoirs portant sur des exercices de français ou de mathématiques, comme on le faisait autrefois, sont à rejeter.

Plusieurs arguments de bon sens nous poussent à abandonner cette pratique de l’École traditionnelle :

- un argument démocratique

« Laisser les élèves et leurs familles seuls face aux devoirs et leçons est source d'inéquité », constate le Haut conseil de l'éva­luation de l'école. En 1985, un rapport de recherches de l’INRP montre comment le travail scolaire constitue un facteur de sélection sociale, les parents des classes défavorisées ne pouvant apporter l'aide qu’apportent les parents instruits. Les conditions matérielles sont aussi inégales (bureau ou table de la cuisi­ne…), et les outils de documentation nécessaires sont parfois inexistants (dictionnaires, encyclopédies). Une autre recherche de l'INRP, en 1992 confirme que le renvoi du travail personnel à la maison pénalise massivement les élèves des catégories socio­professionnelles défavorisées, alors que ces mêmes élèves obtiennent des résultats proches de ceux de leurs camarades quand le travail est fait en classe.

- un argument sanitaire

Les élèves de l'école primaire sont jeunes, certains n'ont même que 6 ans au cours préparatoire. « Le développement normal physiologique et intellectuel d'un enfant de moins de onze ans s'accommode mal d'une journée de travail trop longue », disait la circulaire du 29 décembre 1956. Certains élèves ont une journée plus longue que celle d'un adulte salarié (garderie, can­tine, étude). Il faut noter également que les bons élèves réali­sent leurs devoirs plus rapidement que les élèves en difficulté.

- un argument social

La réalisation des devoirs diminue le temps de loisirs, le temps de repos, pèse sur les vacances, ce qui est particulièrement dommageable quand les devoirs sont mal choisis ou ineffi­caces. Les devoirs sont assez souvent l'objet d'une préoccupation de la famille, alors qu'ils restent secondaires pour l'école. Quand un élève est absent, les parents viennent en général chercher les devoirs à l'école et s'inquiètent beaucoup moins des séquences manquées pendant la ou les journées de classe.

- un argument moral

Le Haut conseil de l'évaluation de l'école remarque que le fait de donner des leçons et devoirs peut aussi être « guidé par des considérations d'image aux yeux des parents, voire des collègues ». Plutôt que d'expliquer les pratiques d'enseignement et la collaboration attendue avec les familles, certains ensei­gnants prennent l'image commode du bon enseignant qui fait travailler les élèves, qui donne donc des devoirs ; dans des cas certes plus rares, on observe des enseignants en harmonie avec les représentations passéistes des parents, qui écrasent l'enfant de devoirs…

- des arguments pédagogiques

Les devoirs donnés sont au mieux des applications des leçons faites en classe, mais ils peuvent être aussi disparates, mal centrés sur les notions importantes. Certains exercices sont mal expliqués, ont des consignes ambiguës. Le plus souvent, l’élève a besoin de la relan­ce d'un adulte avisé. Outre les inégalités des aides, on consta­te des interventions trop appuyées (c'est l'adulte qui fait l'es­sentiel du devoir, lequel perd alors tout intérêt) ou des opposi­tions de méthode entre les parents et les enseignants (par exemple, les techniques opératoires). La correction des devoirs en classe pose aussi des problèmes. Elle peut prendre du temps en début de journée, ou être faite trop rapidement, ou pas du tout. Le suivi individuel apparaît rare et ne conduit pas l'élève à produire un travail appliqué.


Mais il n’est pas bon non plus que l’enfant, sitôt rentré de l’école, balance son cartable dans un coin pour se précipiter sur son vélo, sur sa console de jeu ou sur un programme de télévision.



Les élèves de l’Élémentaire qui font du travail à la maison réussissent nettement mieux que ceux qui n’en font pas. Cela, quelle que soit la catégorie socioculturelle considérée. Ces tâches réalisées chez soi permettent de créer de bonnes habitudes de travail pour le collège.

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Re: La question des devoirs à la maison

Message par Carole le Dim 29 Oct 2006 - 9:12

Quel travail à la maison ?



Certains élèves disent à leurs parents qu’ils « n’ont rien à faire » pour le lendemain. D’autant plus volontiers qu’ils ne notent rien sur leur cahier de textes. Cela n’est pas normal et cela devrait inquiéter les parents.

En effet, il y a d’abord les leçons à apprendre, certaines à connaître par cœur d’autres à étudier suffisamment pour pouvoir répondre à des questions s’y rapportant.

Il est aussi essentiel que les enfants prennent l’habitude de lire à la maison, et pour cela il faut que les parents veillent à leur constituer une petite bibliothèque.

Tous les travaux de recherche documentaire pour préparer un exposé se font essentiellement à la maison. En ayant recours à l’Internet, à des encyclopédies, à des livres documentaires. Pour faire ce travail, les enfants de milieu socioculturel défavorisé peuvent utiliser les services des bibliothèques municipales, des centres sociaux ou des dispositifs d’aide aux devoirs.

L’illustration des leçons d’histoire, de géographie, de sciences peut se terminer à la maison. Tout comme le dessin qui accompagne une poésie.

Les parents qui le désirent peuvent aussi très bien reprendre un exercice de français ou de mathématiques qui n’a pas été réussi en classe par leur enfant. Ils peuvent s’appuyer sur la correction faite par le maître et recopiée par l’élève.

Les parents ne doivent pas jouer au “professeur du soir”. Mais ils doivent assurer à leur enfant un équilibre affectif et corporel (sommeil, repas), lui montrer que l'école est importante de manière implicite, simple, en faisant réciter la leçon, en écoutant la lecture, en dialoguant avec lui. Ce qui est déterminant dans la contribu­tion des parents, c'est bien le sens donné à l'école, la qua­lité des échanges avec l'en­fant, plus que la quantité de travail.

Il ne faut toutefois pas exagérer la durée de toutes ces tâches. Lorsque l’enfant revient de l’école, il faut lui laisser le temps de “décompresser” (le temps du goûter par exemple). Après quoi, il fait des activités du type décrit ci-dessus pendant une heure au maximum. Et cela suffit.

Sans oublier de coucher les enfants tôt (vers 20h30) la veille d’un jour d’école.


Conclusion


Encore une fois, la question des devoirs à la maison ne peut se réduire à des lubies pédagogistes contraignantes ou à un retour simpliste à l’École d’autrefois. Car le pédagogisme a fait long feu et les temps ont changé. Les activités d’apprentissage se font essentiellement à l’école, mais elles doivent être prolongées à la maison par des tâches appropriées. Les parents ne sont certes pas des enseignants et ils n’ont pas à jouer ce rôle : enseigner est un métier. Mais ils peuvent contribuer fortement à la réussite de leur enfant en accompagnant son travail scolaire et en montrant l’intérêt qu’ils portent à ce qu’il fait à l’école. Les parents ne peuvent pas apprendre une leçon pour leur enfant, mais ils peuvent l’aider en créant de bonnes conditions d’étude à la maison. Le handicap socioculturel pèse parfois lourdement, mais il n’est pas déterminant. Il m’a été donné de voir des familles immigrées où la mère, illettrée, installait après l’école tous ses enfants autour de la table familiale pour qu’ils “fassent leurs devoirs”. Quelques années plus tard, ces enfants avaient grandi dans la même cité défavorisée, ils avaient passé leur baccalauréat et s’étaient inscrits à l’Université.



A l’école élémentaire, les “devoirs” permettent d’associer les parents au travail scolaire. Cela contribue aussi à la réussite de nos élèves.


Bernard APPY, août 2006

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